48 candidats, et moi, et moi, et moi...

  • Par alefa
  • Le 03/05/2013
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Du grand n’importe quoi ou une vraie spécificité ?

 

49 - 1 candidats attendent le verdict de la Cour Electorale Spéciale pour se lancer dans la course à la Présidence de juillet prochain. A la clôture du délai de dépôt des dossiers, 49 candidats se sont présentés, et un seul s’est retiré de la course. Quelle conclusion alors tirer de la frénésie politique qui a poussé prés d’une cinquantaine de candidats à postuler pour la course à l’élection présidentielle du 24 juillet ?

 

Pour commencer, doit-on rappeler le nombre impressionnant de partis politiques à Madagascar ? Plus de 300 partis et micro-partis se partagent ou plutôt essaient de se faire une place dans l’arène. La dernière Loi sur les Partis a essayé de remettre un peu d’ordre dans le paysage et ceux qui n’ont pas procédé à une demande de renouvellement auprès du Ministère de l’Intérieur vont être radiés ou vont devoir recommencer tout le processus de création.

Une vraie école de la politique n’existe pas en tant que telle. Parmi les politiciens, rares sont ceux ont fait des études spécifiques dans le domaine que ce soit à Madagascar ou à l’étranger. L’art et l’amour de la politique se transmet de génération en génération dans certaines familles, soit par choix entrepris par leurs aïeux, soit par devoir à un moment précis de leur vie ou de l’histoire. Chez d’autres, notamment dans certains milieux sociaux, le fait de faire partie de la haute classe vous « oblige » quelque peu à devoir assumer à un moment ou à un autre un rôle de leader, soit dans le monde politique, soit dans le monde économique, ou les deux. Viennent ensuite les opportunistes qui ont à un certain moment donné de leur vie emprunté la voie de la politique pour mieux asseoir leur influence ou leur pouvoir, notamment dans leur contrée. A bien y regarder, on fait de la politique plus pour dominer, que pour servir l’intérêt du plus grand nombre. Si on regarde encore de plus près, mis à part les parachutés, seuls ceux qui avaient un minimum de notoriété localement parlant ont pu faire le pas, mais ils n’ont exploité la politique qu’à des fins plus personnels.

Il ne faut pas non plus oublier l’héritage laissé par la royauté dans une société encore fortement stratifiée socialement. Plusieurs des candidats issus de la capitale descendent de grandes anciennes familles nobles et/ou sont de grands entrepreneurs ayant réussi à faire fortune. Les provinces n’échappent pas non plus à cette règle car beaucoup de leurs leaders politiques descendent directement d’anciennes familles royales ou princières, longtemps considérés comme des référents et qui sont toujours très respectés.

L’église n’a pas non plus échappé au virus de la politique car au fil des années, et ce depuis 1991 lorsqu’elle a joué un rôle prépondérant dans le règlement de la crise politique cette année là. Certains de ses dirigeants n’ont pu s’empêcher de se lancer notamment lors des législatives et ont été élu grâce à leur notoriété dans une société très croyante et très rattachée aux principes chrétiens. Qui dit principe ne dit pas forcément morale cependant. Faut-il rappeler l’utilisation des églises protestantes par l’ancien président lors de ses campagnes et au cours de ses mandats pour garder le contrôle sur ses « sujets » ? Dernièrement encore, le pasteur Mailhol, chef de l’Eglise de l’Apocalypse, qui dans d’autres pays aurait été d’emblée inclus dans la liste des gourous de sectes dans plusieurs pays, était parmi les prétendants au trône.

Vient également une nouvelle génération de politiciens, toujours non spécialisée, mais plus technique ou morale. Certains prétendants sont avant tout des techniciens, des ingénieurs, ou des opérateurs économiques désireux de proposer une autre vision de la société, un nouveau mode de fonctionnement. Pour la première fois, un parti écologique avec une femme à sa tête propose une alternative nouvelle dans la direction du pays, en alliant intérêts économiques et protection de l’environnement de l’autre. Une autre candidate, à la tête d’une société pétrolière, souhaite également proposer une autre manière de faire pour le pays, notamment avec une gestion intelligente et différente de ses ressources naturelles, gros sujet à débat depuis quelques années. En somme, de nouvelles visions en opposition totale avec la manière de faire de la politique traditionnelle.

En avant-dernière position demeurent les vieux loups de la politique, pas obligatoirement des dinosaures, mais de vieux habitués des retournements de veste qui se sont greffés d’une manière ou d’une autre à tous les régimes qui se sont succédés, et qui n’ont existé qu’à travers une fonction ou un titre, mais malheureusement plus pour les mauvais côtés de la chose.

Pour clore la liste des catégories d’acteurs politiques nous avons les représentants de l’armée. Si les sous-officiers ont joué un rôle majeur dans la prise de pouvoir de mars 2009 en se mutinant et en menaçant l’ancien président de venir l’attaquer à son palais, mais surtout pour avoir contraint le Directoire Militaire nommé par Ravalomanana à transmettre le pouvoir à Andry Rajoelina sous la barbe des membres de la communauté internationale, les hommes en tenue ont toujours joué un rôle important au cours de l’histoire de Madagascar notamment en occupant le poste de Président. Le Général Ramanantsoa, le Colonel Ratsimandrava sous la Première République. L’Amiral Ratsiraka a dirigé le pays pendant la totalité de la Deuxième République avant de se faire de nouveau réélire sous la Troisième. Aujourd’hui encore, il se présente à la course à la présidentielle à 76 ans. Deux autres généraux à la retraite sont aujourd’hui en lice pour les élections du 24 juillet, le premier a suivi une formation à l’Ecole Supérieure de Guerre de Paris, le second est Saint Cyrien. Tous les deux se présentent en tant qu’indépendants et porteurs d’alternatives fortes. La hiérarchie demeure fortement respectée au sein de l’armée, et même si certains officiers supérieurs se sont fait connaître pour leurs penchants politiques, ils restent néanmoins suivis par les hommes de troupe dont le nombre est non négligeable, et qui sont eux-mêmes respectés au sein de leurs communautés. Le prestige de l’uniforme !

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 A qui la faute ?

A une société mal organisée et mal préparée à la politique. A un peuple qui a trop longtemps eu besoin d’être guidé, et qui continue encore à l’être aujourd’hui. A des dirigeants trop messianisés ou devenus trop imbus d’eux-mêmes et qui ont fini par vouloir devenir calife à la place du calife à force de fréquenter les hautes sphères. A des politiciens ou pseudo-politiciens qui préfèrent se concentrer sur leur intérêt personnel que sur celui du peuple qu’ils sont censés mener vers un meilleur avenir. Le développement du pays est trop souvent passé en second plan, bien après les avantages personnels d’un individu ou d’un groupe d’individus rapidement épris et pris par le virus du pouvoir qu’ils pensent absolu. Encore un héritage inconscient de l’histoire monarquale de Madagascar. A des chefs d’églises qui ont franchi le Rubicon et qui ont perdu de leur crédibilité. A une armée devenue trop politisée et gangrénée par les divisions et un fossé grandissant entre les hommes de troupe et les officiers supérieurs. A un renouvellement générationnel de la classe politique trop longtemps ralentie par l’emprise des précédents ainés dirigeants. En gros, à une société qui se doit de se réorganiser et de changer en mentalité pour pouvoir sortir du cycle infernal des crises politiques qui impactent directement sur les conditions socio-économiques. Une société qui doit arrêter de se tourner en permanence vers le passé et commencer à panser les plaies non pas pour les rouvrir cycliquement mais pour les guérir et avancer vers l’avenir, sans pour autant les oublier, en les utilisant justement comme balises et repères.

MM/ATCrédit Photo (c) tananews.jpg

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