Le long chemin de croix vers la Primature

Le long chemin de croix qui méne à Mahazoarivo

 

Mahazoarivo 1

 

Le 24 février dernier, le MAPAR propose Haja André Resampa pour le poste de Premier Ministre. Deux jours plus tard, les députés du groupe MAPAR-GPS font une démonstration de force en organisant une marche sur le Palais Présidentiel d'Ambotsirohitra pour venir "déposer" leur Premier Ministre. Idée assez saugrenue dans la mesure où non seulement il n'est pas de leur rôle de nommer ou d'installer le futur chef du gouvernement, mais l'adresse elle-même où ils se sont rendus n'est pas la bonne. Cet incident, ou plutôt cette tentative de forcing n'a pas vraiment été du goût du nouveau Président de la République, et la non-conformité de la voie, ou plutôt de la manière de désigner leur candidat qui devait être discuté avec le Président et non imposé, a tout naturellement conduit au refus de la candidature de Haja Resampa présenté par le MAPAR.

La question de la notion de majorité continue de diviser et de semer le trouble entre les belligérants. Si le MAPAR et ses alliés sont légalement majoritaires non pas à l'assemblée car le MAPAR et la PMP se réclament aujourd'hui avoir tous deux le plus grand nombre de députés, mais au nombre de députés élus sous la même entité, tous les acquis gagnés jusque là par le groupe réuni autour de l'ex Président de la Transition risquent de fondre comme neige au soleil car la Plateforme de la Majorité Présidentielle a déposé une requête auprès de la HCC en vue de la dissolution du Bureau Permanent de l'Assemblée Nationale car son élection ne s'est pas faite selon les régles, sans base légale. Si ce scénario qui se précise est confirmé par le verdict de la Hate Cour Constitutionnelle, alors tout sera remis à plat, les cartes seront rabattues et balle au centre, mais avantage au PRM et à ses alliés.

Trois semaines plus tard, le MAPAR continue d'insister sur la candidature de Haja Resampa, prétextant que "le MAPAR n'ayant reçu jusqu'à présent aucun refus officiel du président, attend la nomination de Haja Resampa en tant que premier ministre." Enième tentative de forcing tout en se faisant passer pour une victime subissant les "bavures", la dépêche d'Orange.mg soulignant que "d'après le coordonnateur adjoint de la plateforme MAPAR, le blocage de la nomination du chef du gouvernement vient de l'absence de retenue de la part de l'équipe du président. Augustin Andriamananoro souligne que la plateforme pour la majorité présidentielle a demandé au MAPAR de présenter une liste de premiers ministrables, or, c'est finalement la PMP qui a soumis une liste. Outre cela, le MAPAR dénonce les "mesures arrogantes" prises par les proches de Hery Rajaonarimampianina" faisant allusion à l'interdiction de sortie du territoire de Mamy Ravatomanga suite à des suspiscions de blanchiement d'argent et de trafic de bois de rose, à l'abrogation de la nomination d'Augustin Andriamananoro en tant que Directeur Général de l'OMERT, vécu et considéré purement et simplement comme un limogeage à motivation politique, et au retrait de la communication officielle du Gouvernement de la responsabilité de Harry Laurent Rahajason alias Rolly Mercia, actuel Ministre de la... Communication... Faut-il rappeler les multiples débordements et excés opérés par ces deux proches de l'ancien Président de la Transition, et qui se croyaient à la fois intouchables et tout permis même après le départ de leur leader de la tête du pays? Toujours est-il que depuis la première réunion de l'Assemblée Nationale, le MAPAR n'a pas réussi à convenir de la bonne personne à proposer au poste de Chef du Gouvernement avec le Président de la République qui a ensuite le driot de le nommer ou pas à cette fonction comme le stipule l'Article 54 la Constitution. Plus d'un s'interroge sur les ressources humaines capables et aptes à occuper ce poste au sein de la formation politique affiliée à Rajoelina, notamment si on met de côté ceux qui ont déjà trop fait parlé d'eux durant la Transition à savoir l'ancien SG de la Présidence ou l'ancien DG de l'OMERT, ce qui pourrait expliquer cette insistance et ces appels au secours dans l'intention de faire passer le droit légitime du Président de refuser ou d'accepter leur proposition pour laisser croire à des "bavures". On répète à tout va "tsy lany olomanga ny firenena", le pays ne manque pas de grands hommes, donc capables, compétents, mais on le cherche toujours de leur côté.

 

Hery Rajaonarimampianina

Un Président pas si acculé que ça

Obligé de prendre son temps pour ne pas commettre d'erreur qui lui serait fatal et qui entrainerait à nouveau le pays dans une nouvelle crise politique, Hery Rajaonarimampianina dispose de quelques outils et atouts qui lui permettent de maîtriser tant bien que mal la situation. Si le "Le Président de la République détermine et arrête, en Conseil des ministres, la politique générale de l'État" (Article 55 de la Constitution), il se doit de travailler avec un Premier Ministre qui "conduit la politique générale de l'État"  (Article 65 de la Constitution) et "fixe le programme de mise en oeuvre de la politique générale de l'État et arrête les mesures à prendre pour en assurer l'exécution" (Article 66 de la Constitution). Si le Premier Ministre ne respecte pas ces dispositions, l'Article 54 confère au Président de la République le pouvoir de mettre "fin aux fonctions du Premier ministre, soit sur la présentation par celui-ci de la démission du Gouvernement, soit en cas de faute grave ou de défaillance manifeste".

De plus, "Lorsque les institutions de la République, l'indépendance de la Nation, son unité ou l'intégrité de son territoire sont menacées et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics se trouvent compromis, le président de la République peut proclamer, sur tout ou partie du territoire national, la situation d'exception, à savoir l'état d'urgence, l'état de nécessité ou la loi martiale" (Article 61) et "Dès la proclamation de l'une des situations d'exception précitées, le président de la République peut légiférer par voie d'ordonnance pour des matières qui relèvent du domaine de la loi". Le blocage actuel mène de plus en plus vers cette voie sauf si un sursaut ou un salut inattendu se manifeste.

 

Omer Beriziky

La solution Beriziky

Article 2 du Décret n°2014 – 057 du 25 Janvier 2014: « jusqu’à la formation d’un nouveau Gouvernement de la République, les Membres du Gouvernement de Transition d’Union Nationale, chacun en ce qui les concerne conformément à la composition gouvernementale en cours à la date du présent Décret, continuent d’exercer leurs fonctions, sous l’autorité du Premier Ministre Jean Omer BERIZIKY »

Article 166 de la Constitution: «Jusqu'à la mise en place progressive des Institutions prévues par la présente Constitution, les Institutions et les organes prévus pour la période de la Transition continuent d'exercer leurs fonctions »

Depuis sa nomination en tant que Premier Ministre de la Transition, même si une partie du grand public, notamment les partisans de Ravalomanana estiment qu'il n'a pas été à la hauteur de sa tâche car il n'a pas réussi à faire appliquer à la lettre les disposition de la Feuille de la Route et plus précisément la libération de tous les prisionniers politiques et le retour des éxilés mais surtout d'un éxilé en la personne de Marc Ravalomanana, Jean Omer Beriziky bénéficie d'une grande confiance de la part des politiques et autres acteurs de la société. Il a su jongler tant bien que mal entre les adversités de ses interlocuteurs et correspondants, et a su s'imposer intelligemment dans des moments délicats. Sa longue expérience dans la diplomatie lui a certainement servi non seulement pour défendre la cause de Madagascar auprès des instances et représentations étrangères, mais également au sein même d'un gouvernement composé de personnalités opposées aussi bien idéologiquement qu'à titre personnel. Considéré comme le grand Homme de la Transition qui a permis d'emmener Madagascar vers les élections présidentielles et législatives, Omer Beriziky bénéficie aujourd'hui de la confiance du nouveau Président de la République avec qui il entretient de bonnes relations aussi bien personnelles que professionnelles.

Homme de consensus et républicain, le Premier Ministre n'a pas hésité à s'insurger contre les comportements incontrolés et incontrolables de certains ministres qui estimaient ne recevoir d'ordre que par une instance supérieure, faisant fi de leur propre hiérarchie. Ses positions allant à l'encontre des désirs de l'ancien Président de la Transition dans certains cas lui ont valu le respect et la confiance de la majorité de ses ministres, qui pour la plupart forment un bloc autour de lui.

Les textes en vigueur n'imposent aucun délai pour la formation du nouveau gouvernement, et tant qu'une entente n'est pas trouvée, en lieu et place d'une précipitation qui pourrait s'avérer catastrophique pour le pays en cas d'échec, de mésentente post-nomination ou juste de faute anticonstitutionnelle, il demeure la solution Beriziky. L'actuel Gouvernement d'Union Nationale peut être maintenue dans sa fonction, voire remanié quelque peu, et fonctionner en tandem avec la nouvelle équipe de la Présidence.

Si la Communauté Internationale tout comme la population reste dans l'attente du futur Chef du Gouvernement et de ses ministres, il paraitrait plus sage de prendre un peu plus de temps pour explorer toutes les solutions possibles, y compris la reprise de l'idée de l'Amiral par l'organisation d'une Conférence au Sommet pour une remise à plat du système, donc de son fonctionnement, des règles qui le régissent et du régime approprié à mettre en place et qui correspondrait le mieux aux besoins du pays.

Jean Omer Beriziky demeure l'autre garant de la solidité de l'Exécutif aux côtés de Hery Rajaonarimampianina, les deux hommes se connaissant bien et ayant déjà longuement travaillé ensemble dans des conditions difficiles ne peuvent que se soutenir.

Ua Hvm

NEW-YORK, WASHINGTON, PARIS, BRUXELLES

Le Président de la République et sa suite sont sur le point de rallier les Etats-Unis et l'Europe. Cette deuxième sortie officielle de la délégation malgache conduite par Hery Rajaonarimampianina après le Sommet de l'Union Africaine à Addis Abeba rentre dans le cadre de la reprise des relations avec les grandes institutions internationales et des pays partenaires après avoir été écarté pendant cinq longues années, et des recherches de solutions de développement notamment en terme de financement. Hery Rajaonarimampianina est prévu rencontrer les instances dirigeantes de la Banque Mondiale et du fond Monétaire International avant d'être reçu par Susan Rice, Conseillère à la Sécurité Nationale de l'administration Obama et ancienne ambassadrice des Etats-Unis auprès des Nations-Unies. Une rencontre avec Ban Ki-moon, Secrétaire Général des Nations-Unies complètera cette première visite sur le sol américain et auprès de ces institutions internationales. Paris et Bruxelles figurent également sur l'agenda du Président malgache dans un deuxième temps.

Si les Etats-Unis ont toujours refusé de reconnaitre le régime dirigé par l'ex Président de la Transition, elle attend néanmoins la nomination d'un nouveau Premier Ministre avant de rendre vraiment effective la reprise des relations entre les deux pays. Cependant, les liens tissés par l'ancien Ministre des Finances devenu Président et par le Premier Ministre de la Transition avec les autorités américaines pourraient momentanément rassurer l'administration américaine, en mettant en avant la nécessité de prendre des précautions et d'éviter de se précipiter dans les prises de décision afin d'éviter une nouvelle crise politique. Le premier contact entre les autorités américaines et le nouveau Président malgache a d'ailleurs eu lieu en marge du Sommet de l'Union Africaine en terre éthiopienne, Hery Rajaonarimampianina ayant reçu en audience Linda Thomas-Greenfield, la Vice-Secrétaire d'Etat aux Affaires Africaines qui a déclaré être venue féliciter le nouveau Président élu démocratiquement, première exigence des américains depuis la crise de 2009, et de réaffirmer le soutien de l’administration Obama et la volonté marquée des américains à reprendre au plus vite les relations entre les deux pays sans oublier la réévaluation dans un court délai de l’éligibilité de Madagascar au programme de l’AGOA. Elle n'a pas hésité à se montrer confiante dans cette perspective en dépit des difficultés.

Toujours lors de ce séjour en terre Abyssinienne, une autre invitation lancée cette fois par Andris Piebalgs, Commissaire Européen au Développement, ménera la délégation présidentielle vers Bruxelles au siège de l'Union Européenne car Madagascar est officiellement invitée au 4e Sommet UE-Afrique. Une occasion pour Hery Rajaonarimampianina de réaffirmer sa volonté d'avancer dans son programme de développement et de rassurer l'Union Européenne qui a joué un grand rôle de partenaire politique en accompagnant activement le processus de sortie de crise.

Bruxelles justement, ancien lieu de résidence et d'exercice d'Omer Beriziky lorsqu'il officiait en tant qu'ambassadeur, et où il a tissé de nombreux liens qu'il a encore renforcés lors de son dernier passage dans la capitale Belge. Ce dernier ne manquera certainement pas d'apporter son soutien à son supérieur hiérarchique et à lui ouvrir son carnet d'adresse et pallier au fait que presque un mois après la première réunion de l'Assemblée Nationale, aucun Premier Ministre n'a pu être nommé.

Le maintien du duo Rajaonarimampianina-Beriziky ne serait pas surprenant à ce stade, le renforçant même, au détriment des tentatives d'affaiblissement du nouveau Chef de l'Etat par ses anciens partenaires presque devenus officiellement adversaires mais qui refusent de le reconnaître à haute voix, espérant toujours de sa part un retour à la raison... Mais n'existe t-il qu'une seule Raison valable et valide?

WhitehouseDrapeaux

  BruxellesUn ny

 

 

 

 

 

 

 

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